2026, année de sécheresse record

Aux dires des climatologues et des hydrologues, l’été 2026 fut le plus redoutable que la planète ait connu ce dernier siècle. La canicule a régné. Partout, l’eau est venue à manquer. Et dans le monde entier, la sécheresse a fait les gros titres.

Mais « surtout, ne confondez pas sécheresse et aridité », nous ont mis en garde les spécialistes. Car même si, dans les deux cas, le manque d’eau en est le point commun, l’une est temporaire, c’est un phénomène conjoncturel et l’autre est permanente, structurelle.

Au-delà de ce distinguo, auquel s’ajoutent les différents types de sécheresse (météorologique, agricole, hydrologique…), l’aridité progresse à cause du changement climatique qui rend plus probable des sécheresses prolongées sur une région qui, à terme, pourra se transformer en zone aride. Le seul remède, dans tous les cas, consiste à éviter au maximum la sécheresse du sol.

Plus des trois-quarts des terres émergées de la planète sont plus sèches aujourd’hui qu’il y a trente ans. C’est ce qu’affirmait un rapport de l’ONU « La menace mondiale des terres en dessiccation : tendances régionales et mondiales de l’aridité et projections futures » dévoilé à la COP 16 à Ryad en 2024 et confirmé à Oulan-Bator en août dernier. Les choses ne s’arrangent pas, bien au contraire. Lorsque le climat d’une région devient plus sec, la capacité de revenir à l’état précédent est perdue, ce qui peut être constaté un peu partout dans le monde.

La sécheresse a donc marqué notre été. Les médias ont décrit nos étonnements face au Rhin ou au Danube se couvrant de bancs de sable. Nous avons vu la navigation devenir impossible sur certains tronçons, les centrales nucléaires, gourmandes en eau fraîche, mises à l’arrêt par crainte de leurs rejets dans des fleuves déjà plus chauds… Mais plus grave – et c’est là que peut s’opérer le basculement vers l’aridité, ce sont les terres qu’abandonnent les paysans parce qu’elles deviennent incultivables. Une partie de l’Asie, le Moyen-Orient, l’ouest des États-Unis et du Brésil, toute l’Europe du Sud sont touchés, soit 40,6% des terres arables de la planète. En Languedoc Roussillon et dans les Pyrénées Orientales, les vignes qui ont déjà remplacé des cultures plus riches reculent encore et cèdent le pas aux friches qui s’enflamment plus facilement.

Tant que tient un agriculteur, le sol est surveillé, la dessiccation, contrôlée et l’échéance, retardée. Le maintien de cette surveillance fait partie des recommandations. Comme l’accès pour tous au foncier. Grâce à l’irrigation, en travaillant sur l’efficacité des pluies, en modifiant des pratiques culturales et, surtout, par l’entretien de sa biodiversité, le sol résiste. Mais jusqu’à quand tiendra l’agriculteur ?

Cette année, sur les marchés de Provence, les tomates étaient toutes petites. Autant de travail que l’an dernier mais deux fois moins de revenus. Serge Zaka, agro-climatologue, nous annonce que, dans vingt ans, elles ne pousseront plus ici mais au sud de la Russie ! De quoi paniquer quelques habitants, d’autant que la sécheresse exacerbe les tensions sur le partage de l’eau et que se répandent les rumeurs de guerre de l’eau. Il n’en faut pas davantage pour réveiller les temps, pas si anciens finalement, de Manon des Sources…

Dans le monde, la population a nettement augmenté depuis le début du siècle. Les effets de la sécheresse sont en cascade et multiples : outre la diminution des récoltes, elle accroît la multiplication des feux et les conséquences sanitaires comme en Indonésie actuellement, elle induit des migrations forcées aux confins des zones en désertification, des problèmes sociaux et politiques, etc.

Dominique Martin Ferrari


L’aridité est permanente et structurelle alors que la sécheresse est temporaire et conjoncturelle.