Des feux aux méga-feux

Face à la réalité de plus en plus criante des méga-feux, l’Europe ajoute une nouvelle stratégie de gestion intégrée des risques à son dispositif de prévention et d’intervention.

Le 5 août 2025 se déclarait dans les Corbières un incendie qui ne serait maîtrisé que vingt jours plus tard. Seize communes touchées, des centaines d’hectares dévastés. Quelques jours plus tard, la Catalogne brûlait, puis la Grèce. Sécheresse et réchauffement furent accusés, oubliant que, en forêt méditerranéenne, les départs de feu sont dans leur grande majorité (90 % à 95 %) d’origine humaine. 

Malgré les campagnes d’information, les jets de mégots et autres grillades en forêt déclenchent des départs de feux, notamment le long des autoroutes comme l’A 69. Quand ils sont volontaires, ils ne sont pas seulement le fait de pyromanes :  ils ouvrent des espaces, servent des revendications politiques, s’opposent au reboisement d’anciens pâturages, requalifient des espaces forestiers en terrains urbanisables. Simplement, « les incendies d’aujourd’hui ne sont pas ceux du passé. L’Espagne et le Portugal ont dix à quinze ans d’avance sur ce qui va advenir en France. Les feux que les pompiers jugent aujourd’hui incontrôlables là-bas seront bientôt notre lot commun », prévient Julien Ruffault, chercheur à l’INRAE de Montfavet.

Qu’est-ce qu’un méga-feu ? 

Le terme serait apparu pour la première fois en 2013 dans la bouche d’un Américain, Jerry Williams, qui travaillait au service gouvernemental des forêts. Les méga-feux sont devenus un nouvel élément dans la narration du nouveau régime climatique dû notamment à la violence des vents. Ils ne désigneraient pas seulement des immenses incendies mais des feux impossibles à canaliser, au comportement jamais observé auparavant par les spécialistes, avec une propagation ultra rapide.

Une action européenne renforcée

Refusant le modèle de gestion des incendies en Amérique du Nord qui consiste à laisser courir le feu (stratégie du « Let burn »), l’Europe a décidé de s’organiser. Depuis deux décennies, on assiste à une formidable mobilisation scientifique, juridique et technique. Le 25 mars 2026, la Commission a adopté une nouvelle stratégie de gestion intégrée des risques d’incendie de forêt. Il n’en a pas fallu davantage pour que la presse évoque « l’armée européenne du feu ». Pour l’instant, il s’agit plutôt d’un renforcement de l’existant, d’une aide solidaire. Durant la période estivale, l’Europe déploie son dispositif de prévention et d’intervention soit 641 sapeurs-pompiers de 14 pays européens « stratégiquement positionnés » et la flotte rescEU désormais élargie à douze avions et cinq hélicoptères. Des approches sophistiquées ont vu le jour (télédétection, modélisation de la dynamique des feux, identification des zones à risques, étude de l’inflammabilité des végétaux) auxquelles s’est ajoutée la redécouverte de méthodes de gestion traditionnelles.

Vers une culture du feu ?

Aujourd’hui, de plus en plus de spécialistes considèrent qu’il s’agit d’apprendre à vivre avec ces feux extrêmes et non plus simplement de les combattre comme jadis. Cette nouvelle donne appelle ainsi à une « culture du feu » qui intégrerait ces réalités dans nos politiques : gestion des forêts, urbanisme, adaptation des territoires aux risques potentiels… Un changement de nos modes de vie, de notre relation au feu et à la forêt.

Dominique Martin Ferrari

En été 2017, en Haute-Corse, dans l’est du Cap Corse entre Sisco et Pietracorbara, un terrible feu ravageait quelque 1500 hectares de maquis. Cette photo, prise en août 2021, montre la très lente récupération de la nature. (Crédit photo : Clara Delpas)