Un collectif de journalistes irréductibles, Enketo, résiste à la crise de l’information environnementale. Ils étaient réunis ce 29 septembre à l’Académie du Climat pour annoncer le lancement d’une vaste campagne de financement participatif. Pour poursuivre leurs enquêtes indépendantes sur les nombreuses pollutions chimiques.
La soirée a commencé par un quizz bon enfant : PFAS, CVM, oxyde d’éthylène, cadmium…, l’occasion de réviser ses classiques et de rencontrer les différents auteurs des quelque 150 enquêtes parues dans des médias indépendants comme Mediapart, Reporterre, Fracas, Le Poulpe, Disclose, Socialter, Médiacités, Splann!, Rembobine, Vert, Rue 89, Histoires Crépues ou encore Alternatives Économiques. Créé il y a seulement trois ans, « Enketo n’est pas un média. C’est un collectif rassemblant une quinzaine de journalistes, à la pige ou en contrat avec des médias. Notre motivation commune est simple : unir nos forces et nos compétences pour enquêter sur les pollutions, pointer les responsabilités et raconter les conséquences sur la santé », ont-ils rappelé.
Le collectif dispose de quelques bureaux partagés, prêtés par l’Académie du Climat. Ses membres décrivent cet espace comme salutaire pour échanger et se soutenir mais disent aussi toute la peine qu’ils ont à mener leurs enquêtes. « Des journaux achètent nos informations et nous paient pour nos articles. Mais cela ne couvre qu’une partie des frais liés à nos enquêtes. Résultat, de nombreux projets sont enterrés, faute de temps ou de moyens. » Alors, plutôt que de lancer un énième cri d’alerte sur les conditions de travail des journalistes indépendants à la pige – dont nombreux sont ceux qui émargent à moins d’un SMIC mensuel – ils ont décidé de passer à l’action : pour pouvoir continuer, ils lancent une grande campagne de financement participatif à laquelle ils donnent 30 jours pour réussir. L’objectif est de collecter suffisamment d’engagements mensuels pour poursuivre leurs activités et les élargir aux missions d’éducation aux médias et à l’information qu’ils souhaitent développer dans les écoles ou auprès des citoyens. On connaissait déjà les campagnes d’appel aux dons visant à soutenir des médias indépendants. Mais c’est à notre connaissance la première initiative menée par et pour des journalistes. Et, si elle en dit long, tant sur notre profession que sur l’information environnementale, nous lui souhaitons bien sincèrement d’aboutir !

Clara Delpas