Faites-le pour les animaux

La Perle se ternit. Cette eau minérale vient de voir plusieurs de ses puits se tarir, non par manque d’eau. Mais parce que les sources ardéchoises auxquelles s’abreuve la petite marque d’eau en bouteille sont riches en PFAS, les polluants éternels. La même mésaventure est arrivée, ces derniers jours, aux exploitants de la source Parot à Saint-Romain-le-Puy (Loire).

Dans la même veine, les producteurs de céréales et les transformateurs feignent de découvrir que la fertilisation de champs aux engrais phosphatés d’origine marocaine sature les sols agricoles et les récoltes en cadmium.

Non ou mal régulées, nombre de nos industries nous empoisonnent. Ce qui est connu depuis que les Grecs ont industrialisé l’extraction du plomb.

Qu’en est-il de la faune ? Même punition, même motif, pourrait-on dire. 

Voilà des décennies que les biologistes mettent en évidence les effets terrifiants de certains polluants de l’eau sur la piscifaune. Les métabolites de perturbateurs endocriniens (issus de pilule contraceptive ou de peintures antifouling) ont des effets désastreux sur la reproduction des poissons et des gastéropodes, entraînant parfois la disparition de leur population.

En octobre dernier, des toxicologues de l’université Lowell du Massachussets ont alerté sur les conséquences sur la faune lacustre de pollutions généralisée des cours d’eau européens, asiatiques, américains et africains par des résidus de drogue : cocaïne, opioïdes, MDMA, stimulants.

Certains effets s’avèrent positifs. En témoigne l’expérience menée par l’équipe de Jack Brand (université d’Umea, Suède). Ces chercheurs ont dopé à la cocaïne de jeunes saumons atlantique. Relâchés dans un lac, ces juvéniles nagent plus vite et plus longtemps que leurs cousins « clean ». Pas mal, mais toutes les espèces n’apprécient pas. Une équipe italienne a montré, en 2018, que des anguilles d’Europe vaquant à leurs occupations dans des eaux cocaïnées (cela arrive après une rave party) devenaient hyperactives avant de rencontrer d’importants problèmes … musculaires.

La dope plus forte que l’évolution ? Nous n’en sommes pas encore là. Mais force est de constater que nos travers influent sur le comportement et la santé de nos compagnons à deux ou quatre pattes.

En 1985, des chasseurs ont découvert dans le nord de la Géorgie (USA) le cadavre d’un ours noir. Après autopsie, il s’est avéré que le plantigrade avait mis la patte sur un paquet de cocaïne après lequel courraient les agents du FBI. Peu averti des dangers d’une surdose, Teddy Bear s’est fait un rail de compétition qui lui a été fatal.

En 2018, des vétérinaires de Colombie britannique (Canada) ont recueilli un raton laveur totalement azimuté. Les analyses de sang révélèrent que le procyonidé était fortement dosé en delta-9-tétrahydrocannabinol (le principe actif de la marijuana) et en benzodiazépine : un cocktail anti-détonnant. Il lui fallu un certain temps avant de reprendre ses esprits et regagner les alentours de la poubelle où il avait déniché ces drogues de synthèse.

Moins angoissant : des apiculteurs alsaciens ont eu la désagréable surprise de voir leurs butineuses produire un miel … bleu. Durant l’hiver, les hyménoptères n’avaient rien trouvé de mieux à faire que de se nourrir des résidus de production d’une usine de M&M’s, en attente de méthanisation.

En un mot comme en cent, si vous ne voulez pas cesser de polluer l’environnement pour protéger la santé des humains, faites-le pour les animaux. 

Valéry Laramée de Tannenberg