Gouverner par le déni

Le 12 février dernier,  Donald Trump a abrogé « l’Endangerment Finding », la déclaration selon laquelle les GES sont dangereux pour la santé et le climat. Une mesure de plus dans sa politique de déni de la science. Rappel des faits.

En préface du « Moment Orwellien »*, Valérie Masson-Delmotte rappelle que depuis le début 2025 le gouvernement américain prend un virage d’obstruction à la réglementation environnementale allant jusqu’à la destruction de la science. Il appelle « à éradiquer toute référence au changement climatique et tout cadre réglementaire portant sur les émissions des gaz à effet de serre ».
Dès le 20 janvier 2025, la Maison Blanche publie une déclaration « d’urgence énergétique ». S’ensuit une cascade de dérogations à la protection de l’eau, aux espèces menacées, des décisions qui freinent le déploiement des technologies propres, l’efficacité énergétique et d’autres qui soutiennent les fossiles et la multiplication des data centers…
Le 11 mars, l’USAID reçoit cette recommandation :« Déchiquetez autant de document que possible en premier et réservez les sacs à brûler lorsque la déchiqueteuse devient inutilisable ou a besoin d’une pause». L’opération d’éradication des documents se poursuit.
En septembre, Trump parle du réchauffement climatique comme d’une « escroquerie ».

Début 2026, les États-Unis se retirent de 66 organisations internationales (dont le GIEC, l’IPBES, l’UICN, la CNUCC).
Le 12 février, ils abrogent« l’Endangerment Finding », la déclaration scientifique et juridique selon laquelle les GES sont dangereux pour la santé et le climat. Cet ensemble avait été mis en place par Barack Obama en 2009.
En fait, il ne lui a pas suffi de sortir de l’accord de Paris. Donald Trump avait vu avec quelle facilité son successeur avait rétabli la position américaine. Dès le début de son second mandat, non seulement il renouvelle cette sortie mais il en détruit la base scientifique et juridique qui permettait à l’EPA (Agence de protection de l’environnement) de réglementer les GES et certains autres polluants dangereux pour la santé et l’environnement par le Clean Air Act.
Préconisées par le DOGE (Département d’Efficacité Gouvernementale) conduit par Elon Musk, d’importantes coupes budgétaires vont se succéder, dont l’arrêt des financements du groupe 3 du GIEC. Selon Valérie Masson-Delmotte, les sessions plénières deviennent de plus en plus difficiles en l’absence des experts américains et tout est fait pour freiner la publication des rapports prévus en 2028.
Des actions voient le jour contre ces décisions dangereuses pour la santé, qualifiées de recul anti-scientifique.
Le 6 mars, des chercheurs toutes disciplines confondues se sont rassemblés pour le deuxième « stand up for the science » devant le Collège de France. Face au tsunami, à la dérive vers un régime autoritaire, les réseaux se sont mobilisés. On a bien sûr évoqué la délégitimation des sciences sociales mais aussi le monde orwellien où la science, en tant qu’outil utile à décrire collectivement le réel, est ciblée car « en newspeak, le mot science n’existe pas », nous rappelle Orwell. ❏

Dominique Martin-Ferrari



*« Le moment orwellien – La science face aux obscurantismes », Tamara  Ben Ari, Olivier Berné et Emmanuelle Perez Tisserant, Seuil, février 2026