La Fnade en alerte sur les nouveaux risques de la filière déchets

Quel rapport entre des baskets qui clignotent, une carte de vœux qui chante ou un pull de Noël ? Ce sont de véritables calamités quand ils passent au centre de tri. De même, les bouteilles de protoxyde d’azote constituent un autre fléau, plus récent mais en plein essor, pour les professionnels des déchets. Tous constituent des catastrophes à la fois sanitaires, environnementales et financières.

La Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement (Fnade) qui représente l’ensemble de la filière Déchets en France est revenue à plusieurs reprises cette année sur la question de l’accidentalité et de l’adaptation de ses métiers à l’évolution des risques. Parmi ceux-ci figurent le risque incendie lié aux batteries lithium-ion dans les centres de tri et le risque explosion lié aux bouteilles de protoxyde d’azote dans les fours des unités de valorisation énergétique(1).

Batteries et bouteilles de gaz en bref

En tant que systèmes de stockage électrochimique, les piles et batteries sont sujettes à l’emballement thermique, d’où des enjeux de sécurité immédiats pour les personnes et les biens et des enjeux environnementaux ces incendies génèrent des émissions toxiques (fluorures d’hydrogène, particules métalliques, composés organiques…) qui polluent l’air, l’eau et les sols.

De leur côté, les cartouches ou bombes de protoxyde d’azote, notamment celles détournées à des fins récréatives au risque de graves lésions neurotoxiques, constituent un risque majeur pour les installations de traitement des déchets. Une fois entrées dans les fours, le reste de gaz qu’elles peuvent contenir explose après être monté en pression. Le statut réglementaire de ces cartouches et les responsabilités des acteurs de leur mise sur le marché et de leur gestion en fin de vie soulèvent encore des difficultés. Notons déjà que le protoxyde d’azote sera considéré comme « substance dangereuse » en 2027.

La profession en alerte

La Fnade a consacré son congrès annuel en juillet dernier au thème « Les déchets, miroirs d’un paradoxe sociétal – Comment réconcilier risques industriels et services essentiels ? ». Plusieurs interventions sont revenues sur les conséquences de ces deux risques majeurs pour la sécurité des opérateurs, l’intégrité des installations, la protection de l’environnement mais aussi les coûts (cf. perte d’exploitation, remise en état des équipements et nécessité de trouver d’autres débouchés pour assurer la continuité du service). Autre conséquence non négligeable de ces risques en plein essor : la question de l’assurabilité se fait de plus en plus prégnante (certains assureurs ne veulent plus assurer). La Fédération est également revenue sur ce sujet crucial lors des Assises des Déchets et de l’Economie Circulaire des 30 septembre et 1er octobre derniers à Nantes et au 40e Congrès Amorce du 7 au 9 octobre à Lyon.

Quelles solutions ?

S’il existe déjà des solutions techniques qui permettent de caractériser et de détecter les piles et batteries lithium ou des cartouches de gaz à usage unique, elles ne sont pas encore généralisées et restent souvent perfectibles. Mais les solutions ne sont pas seulement technologiques : elles sont aussi d’ordre réglementaire et organisationnel. Concernant les batteries, les choses avancent déjà depuis quelques années1. En revanche, pour les bouteilles de protoxyde d’azote dont les explosions sont apparues, en gros, pendant la pandémie, mais sont rapidement devenues la première cause d’indisponibilité des UVE, on est encore dans un certain flou réglementaire tant au niveau national qu’au niveau européen2. Il importe notamment de prévoir une responsabilisation des acteurs et de mettre en place des actions de prévention pour limiter leur présence dans les flux de déchets. Ce n’est pas gagné : difficile de dire à un « shooté au proto » de bien mettre sa bouteille à la poubelle et, qui plus est, dans la bonne poubelle…

Hélène Bouillon-Duparc


  1. L’Inéris, par exemple, travaille beaucoup sur le sujet (ex. : méthode développée avec Sandia pour mieux évaluer les impacts, étude sur la dangerosité de la blackmass, la poudre noire issue du broyage des batteries, etc.). ↩︎
  2. Les explosions dues aux bouteilles de protoxyde ont doublé en 2024-2025 et à nouveau doublé en 2025-2026. A titre d’exemple, le Syctom de Paris en a compté 25 000 sur ses trois sites UVE en 2025. ↩︎