L’Ademe a publié fin mars les résultats consolidés des plans de transition sectoriels qu’elle a élaborés pour chacun des neuf secteurs industriels les plus énergivores dans le cadre du programme LIFE « Finance ClimAct ». En voici les grands points.
L’Ademe distingue deux phases de transition. La première, d’ici 2030, s’appuie sur les trois leviers technologiques matures et facilement mobilisables que sont l’amélioration de l’efficacité énergétique et la récupération de chaleur, le recyclage (modification ou réduction des intrants matières) et l’électrification directe (substitution d’énergies carbonées)*. L’agence estime à près de 10 milliards d’euros l’investissement nécessaire à court terme pour amorcer cette décarbonation.
La deuxième phase, après 2030, sera celle de la décarbonation profonde. Elle s’appuiera sur des ruptures technologiques comme le changement de procédés structurants, le recours à l’hydrogène renouvelable et bas carbone (notamment pour l’acier et l’ammoniac) et, en tout dernier recours, le captage – stockage du carbone (CSC ou CCUS). Cette transformation pourrait atteindre 30 milliards d’euros à l’horizon 2050 pour l’ensemble des neuf secteurs (hors infrastructures et réseaux).
Des impacts à plusieurs niveaux
Au-delà de la décarbonation, les investissements prévus contribuent à moderniser le parc industriel et agissent comme une assurance financière par rapport au risque d’augmentation des prix des fossiles. Car selon l’Ademe, décarboner permet de limiter la croissance tendancielle des coûts de production qui, sans action, pourraient doubler d’ici 2050 alors qu’une stratégie proactive en diviserait par deux l’impact sur les factures des industriels.
Parmi les autres impacts de la décarbonation figure la question de l’emploi. En effet, si l’emploi industriel se maintient globalement à l’horizon 2030, il évoluera ensuite en fonction des trajectoires : baisse dans les scénarios à sobriété forte ou hausse dans des contextes marqués de coopération européenne et de relocalisation.
Enfin, ces travaux montrent l’importance d’une planification territoriale fine pour réussir la transformation. Il s’agit en particulier de bien articuler les besoins industriels avec les infrastructures énergétiques, de proposer des politiques publiques stables (prix de l’énergie, fiscalité) et de favoriser un travail en étroite coopération entre industriels, financeurs et collectivités. Car pour l’Ademe, la transition énergétique et la décarbonation des neuf secteurs les plus consommateurs d’énergie reposent à la fois sur des engagements forts et une action coordonnée entre tous ces acteurs.
Hélène Bouillon-Duparc
Les neuf secteurs
Acier, ciment, éthylène, verre, ammoniac, sucre, papier-carton, aluminium et chlore constituent les neuf secteurs les plus énergivores et émetteurs en France, par ordre décroissant d’importance. Répartis sur 225 sites, ils génèrent 45,5 Mt CO2 eq, soit plus de la moitié des émissions de GES de l’industrie française et 11 % des émissions totales du pays.
*D’autres leviers de décarbonation sont analysés : électrification indirecte des procédés, énergies renouvelables thermiques dont la biomasse, etc.
