L’été caniculaire: mauvais pour la santé et le budget de l’Etat

L’été 2026 ne doit pas être oublié. Certes, le combo loi de finances et présidentielle est le bulldozer rêvé pour aplanir les questions environnementales. Mais faire un pas de côté nous permet d’esquisser les conséquences sociétales d’une saison hors normes appelée à se… normaliser dans un proche avenir.

Dirigée par Eric Coquerel (LFI), la mission flash de l’Assemblée nationale chiffre à seize milliards d’euros le montant des dégâts imputables à « l’ensemble des phénomènes liés aux fortes chaleurs, à la sécheresse et aux incendies lors de l’été 2026 ». Une évaluation probablement à revoir à la hausse. Le chiffre des députés ne prend pas en compte, par exemple, le coût des 8 000 morts causées par la succession de vagues de chaleur. Ce n’est pas tout.

Cet été le plus chaud jamais mesuré par Météo France, selon sa Pdg, a mis en suspension des quantités astronomiques de précurseurs d’ozone dans l’air. Les végétaux ont produit en masse leurs composés organiques volatils. Les moteurs thermiques des véhicules terrestres n’ont cessé d’émettre des oxydes d’azote (NOx). Soumises aux ardeurs du soleil et de la chaleur, ces particules ont généré de très importants épisodes de pollution à l’ozone troposphérique, puissant irritant du système respiratoire.

Spécialiste de la détection des particules fines et ultrafines, Jean-Baptiste Bernard (LPC2E) a vu aussi un fort accroissement de la production de pollens, annonciateurs d’épidémies de crises d’asthme. Les particules fines (PF) générées par les feux de forêt ont aussi fait leur apparition sur les diagrammes des appareils de mesure. Situés à quelques dizaines de kilomètres de l’incendie de Saumos, les Bordelais ont respiré, trois jours durant, un air dont les concentrations en PF oscillaient entre 300 et 400 µg/m3 d’air.

En France, les valeurs limites en moyenne annuelle sont de 40 µg/m³ pour les PF de 10 micromètres et de 25 µg/m³ pour les PF de 2,5 µg. Ces conditions se reproduiront à chaque méga feu. Et puisque le gouvernement n’initie pas de politique de prévention, ne doutons pas que ces sinistres géants défieront la chronique des étés prochains.

Mauvais plan pour la santé humaine. Depuis 2013, les pollutions de l’air extérieur sont classées cancérigènes avérées par le Centre international de la recherche sur le cancer de Lyon. Un classement qui repose sur des données scientifiques. « Sur les vingt millions de décès cardiovasculaires que l’on compte chaque année dans le monde, neuf à douze millions sont imputables aux facteurs de stress environnementaux », confirme le cardiologue Pierre Souvent, président de l’association Santé Environnement France.

A en croire les calculs de l’assureur Generali, 7% des dépenses françaises de santé sont liées à la dégradation de l’environnement. Soit une vingtaine de milliards d’euros par an. Cet argent serait mieux employé ailleurs.

Valéry Laramée de Tannenberg