Plaidoyer pour le vivant

Paru récemment, l’ouvrage « La biodiversité en infographies » propose un état de la science ainsi que des pistes d’actions basées sur les travaux et réflexions de Tatiana Giraud, biologiste de l’évolution.

« Ce livre est né comme naissent les forêts : d’une multitude de graines, portées par le vent des idées, au fur et à mesure des années… », explique Tatiana Giraud, biologiste de l’évolution, directrice de recherche au CNRS (médaille d’argent 2015), rattachée à l’université de Paris-Saclay et membre de l’Académie des Sciences. Avec l’aide de Catherine Huguet « pour la structure et la représentation des idées » et d’Hervé Bouilly pour les infographies, ce livre s’est nourri de son expérience d’enseignante, année après année, tant à l’École Polytechnique que sur la chaire « Biodiversité et écosystème » qu’elle dirigeait en 2021-22 au Collège de France. Résultat : un ouvrage aussi agréable à regarder qu’instructif !

Du constat à l’action
Bien sûr, l’état des lieux est alarmant. Les infographies – qui ont le mérite de rendre visuelles des données souvent complexes et difficiles à comprendre – nous le montrent de manière incontestable : impossible de nier que nous sommes peu de choses quand on voit que notre biomasse d’êtres humains équivaut à celle des termites ou des krills antarctiques ou qu’elle est vingt fois moins importante que celle des insectes et autres arthropodes ! Impossible aussi de nier que nous avons une responsabilité majeure. En effet, « l’être humain et ses activités, rappelle Tatiana Giraud, sont les principales causes de la crise actuelle d’extinction des espèces : surexploitation (chasse, pêche), destruction des habitats, pollution (notamment les pesticides), introduction d’espèces envahissantes et, bien sûr, dérèglement climatique. »
Et de fait, de nombreux chapitres illustrent ces causes par des données aussi diverses que la disparition des zones humides (87 % d’entre elles ont disparu dans le monde depuis 1700), la contamination aux pesticides de nos terres agricoles, l’impact d’autres pollutions (plastique, lumineuse, au mercure…) ou de l’acidification des océans…
Sont évoquées également des solutions technologiques dont on sait déjà qu’elles ne suffiront pas, voire sont délétères : le développement d’énergies renouvelables peut menacer la biodiversité, la plantation d’arbres pour compenser le carbone émis ne saurait suffire à endiguer la crise et le recours accru aux OGM ne peut que se doubler d’une augmentation de l’utilisation des herbicides agricoles du genre glyphosate, 88 % de ces OGM étant créées pour leur résister (voir les deux schémas).

Approche « Nexus » et solutions
Loin d’être un inventaire à la Prévert, l’ouvrage semble avant tout viser à démontrer tant la complexité des mécanismes que l’approche qui devrait prévaloir à leur compréhension : l’approche « Nexus », qui met en relation la crise de la biodiversité, avec celles de l’eau, de l’alimentation, de la santé et du climat (un peu à l’image, en Santé, du concept de « One Health » reliant santé humaine, santé animale et environnement)…
Et heureusement, dans les derniers chapitres, la biologiste instille de l’espoir, un autre monde restant toujours possible. Évidemment, les États et les pouvoirs publics sont attendus au tournant et chacun est invité à s’impliquer personnellement. Mener des actions citoyennes, soutenir des associations militant pour la protection de l’environnement et la biodiversité, contribuer à des programmes de sciences participatives, adopter un mode de vie plus sobre, mieux gérer ses déchets : les leviers d’action individuelle ne manquent pas ! « Une approche holistique combinant des solutions globales et des efforts individuels est indispensable pour inverser la trajectoire », conclut la chercheuse qui, au-delà d’un simple constat de crise, compose ici un véritable plaidoyer en faveur du vivant.

Clara Delpas

La biodiversité en infographies. L’urgence du vivant : comprendre pour agir, de Tatiana Giraud, Hervé Bouilly, Catherine Huguet, Tana Editions, mars 2026, 144 pages, 24,90 €.