L’un des fondateurs de l’AJE et membre actif du bureau depuis des années, René-Martin Simonnet, rend son tablier cette année. L’occasion pour nous de lui demander sa vision de l’évolution du journalisme environnement.
Spécialiste du domaine de l’eau, René-Martin dirige Journ’Eau, lettre hebdo sur le droit et la politique de l’eau en France et en Europe et SPANC Info, magazine trimestriel de l’assainissement collectif, médias qu’il a créés respectivement en 1994 et en 2007.
En 1994, il faisait partie de la petite équipe de journalistes à l’origine de la création de l’AJE. C’est lui, notamment, qui en a rédigé les statuts et les a ajustés au fil des réunions préparatoires et qui a géré l’administration durant les années de démarrage, y compris la conception et réalisation de l’annuaire. Une tâche qu’il a pleinement assumée jusqu’à l’édition 2025, en plus de ses fonctions au sein du bureau. Il a également lancé et organisé le concours photos de l’AJE de 2017 à 2020. Les clichés lauréats (sélectionnés par les adhérents et les amis) étaient notamment exposés lors de notre AG annuelle.

Le journalisme environnement hier…
Quand il regarde l’évolution de l’AJE depuis 32 ans, René-Martin se dit globalement satisfait par rapport aux deux missions fondamentales de l’association. Pour lui, si le journalisme était encore en 1994 à peu de choses près dans la même tradition qu’au XVIIIe siècle, aujourd’hui, nous faisons face à l’omniprésence des informateurs autoproclamés sur internet et les réseaux sociaux. Or rien ne permet à un profane de distinguer un journaliste d’un informateur (ou expert) autoproclamé… D’où sa définition personnelle : pour lui, « un journaliste, c’est quelqu’un qui travaille dans un cadre professionnel qu’il s’impose (ou que son patron lui impose) et qui respecte cette déontologie. Ce n’est pas quelqu’un qui proclame quelque chose en disant : « j’ai la vérité ». Nous, journalistes, savons – par expérience ou par apprentissage – que la vérité est plus compliquée à établir que l’apparence. » C’est pourquoi il conseille de raisonner avec le prisme « les autres me donnent leur vérité ».
S’agissant des sujets environnementaux, René-Martin considère que ces trois dernières décennies ont vu une mondialisation de la réflexion et une globalisation des thèmes traités. Quand un média était spécialisé environnement, il disposait d’experts dans chacun des grands domaines. Aujourd’hui, on ne peut plus être totalement cloisonné. Par exemple, si on parle d’eau, on doit aussi s’intéresser à l’énergie, à la biodiversité, au changement climatique, etc. Chaque domaine et sous-domaine de l’environnement doit être creusé.
…et demain ?
Quand on l’interroge sur l’avenir du journalisme environnemental, René-Martin estime qu’il n’aura pas de difficulté particulière s’il se détache de l’exacerbation militante et de la communication. Pour lui, il est bon qu’un journaliste spécialisé ait ses propres convictions mais il faut qu’il les garde à une certaine distance.
Revenant sur le débat selon lequel la protection de l’environnement est malmenée, il précise que le journaliste doit signaler le débat mais n’a pas à entrer dedans. Cela n’empêche pas d’avoir des opinions et de les formuler en les présentant comme telles. Mais quand les opinions prétendent être des informations, là, ça ne va pas.
Le journalisme ne consiste pas à prendre parti sur un sujet mais à en étudier les tenants et les aboutissants pour informer correctement le public. Par exemple aujourd’hui, il y a une crispation terrible sur la question des réserves d’eau pour l’agriculture avec des positionnements théoriques et généraux alors que chaque territoire, chaque projet est un cas particulier. Il faut l’étudier avant de le dénoncer ou pas, mais évidemment, cela demande du travail… C’est pour cela que le journaliste doit d’autant plus rester à distance et se faire respecter par cette distance.
Toute l’équipe du bureau de l’AJE s’unit pour souhaiter une belle et douce retraite à René-Martin, entouré de « chatons trop mignons » !!
Hélène Bouillon-Duparc
Avis aux nouvelles générations
Si René-Martin a un message à faire passer aux nouvelles générations de journalistes qui arrivent, c’est de « toujours poser sur un ton respectueux les questions qui dérangent vraiment – et non l’inverse comme on le voit souvent… »