Restaurer la terre. Restaurer l’espoir


Le pastoralisme est un thème loin de nos préoccupations et pourtant il est au sommet des agendas nationaux et internationaux.

Le pastoralisme reste surtout une grande question pour le Sud. Les recherches sur le sujet que conduisent essentiellement l’INRAE, l’IRD et le CIRAD relèvent plutôt des études Nord Sud. On y a travaillé sur la résilience des sols, l’adaptation du vivant végétal, animal ou humain aux chaleurs et aux sécheresses. Notre histoire même s’y dessine. Ainsi, le CNRS vient de nous apprendre que les communautés agro-pastorales néolithiques du Zagros en Iran utilisaient déjà il y a 9 000 ans du lait de chèvre ou de mouton (les caprinés).

La gestion des terres en ligne de mire

La COP 17 d’Oulan-Bator en Mongolie en août prochain présente un intérêt qui n’est pas seulement environnemental. C’est probablement la première COP de l’ONU où la gestion des terres va devenir un sujet géopolitique majeur, au croisement de la sécurité alimentaire, de l’eau, du climat et de la stabilité des territoires. Selon l’ONU, ce sont deux milliards d’hommes et de femmes qui dépendent du pastoralisme. La plupart du temps, l’histoire des conflits d’usage s’est écrite dans les grandes steppes ou au Sahel. Les pasteurs ont souvent été rendus responsables par les agriculteurs de la dégradation des sols liée au surpâturage. Et pourtant, sans troupeaux, pas de fumure des sols.

Pour les chercheurs que nous avons rencontrés, une chose est certaine : pour conserver les atouts du pastoralisme, il faut pouvoir se déplacer. A la COP 17, on attend un débat entre deux positions : celle de la Mongolie et du Sahel qui défendent des troupeaux nomades et celle de la Chine qui, de plus en plus, veut stabiliser le bétail.

La Mongolie a aussi connu avec le « negdel » une forte planification et une organisation collective de son élevage inspirée du modèle soviétique. Mais depuis 1990, les troupeaux sont privatisés tandis que les parcours demeurent sous responsabilité publique. Elle défendra cette position hybride face à la Chine qui, au nom de l’aménagement du territoire, tente de réduire les droits des éleveurs.

Le débat au cœur de la COP 17 pour les zones arides n’est plus comment restaurer les terres mais qui possède la légitimité de le faire : l’Etat ou les pasteurs ?

Oulan-Bator pourrait marquer la première réflexion internationale sur le foncier. La France y rappellera que nos produits de luxe, nos lainages en alpaga ou en cachemire dépendent de ces troupeaux en Mongolie ou en Argentine. Selon ses propres besoins soutiendra-t-elle l’aide internationale ?

De la Mongolie à la Méditerranée

Les retombées d’Oulan-Bator vont aussi se faire sentir en France. Depuis un an, des équipes multidisciplinaires travaillent dans le cadre de l’année internationale des pasteurs et des parcours 2026. On découvre que l’on sait peu de choses. Une enquête annuelle « Teruti Lucas » est menée par les services statistiques du ministère de l’Agriculture pour mesurer l’espace occupé par les pasteurs. Mais il reste beaucoup à faire pour harmoniser tout cela.

Ce que l’on sait, c’est que l’élevage pastoral se distingue par la diversité de ses productions (laine, fumure, lait, viande), que le cheptel trouve une partie de l’année sa subsistance dans les vignes, les forêts ou les broussailles et que le secteur est particulièrement touché par l’agrandissement des troupeaux et l’adaptation au changement climatique. En région méditerranéenne, les collectivités territoriales de plus en plus menacées par les feux s’y intéressent et on assiste à l’émergence d’un redéploiement pastoral car la loi oblige à maintenir des milieux ouverts et la biodiversité s’est inscrite au menu des préoccupations.

Le dernier débat sur le sujet au Sénat a été aussi désespérant que celui sur la loi d’urgence agricole. On aurait pu réfléchir à l’avenir, aux solutions à apporter à une concentration industrielle qui ne peut plus durer, à un éventuel soutien des éleveurs via une rémunération écosystémique. Au lieu de cela, les sénateurs se sont polarisés sur la question du loup. Un vrai problème certes, mais la suppression du loup ne sauvera pas une profession qu’il faut autrement soutenir.

Dominique Martin Ferrari