Alors que la France annonce partir à la reconquête de sa souveraineté sur les terres rares, le CNRS publie les résultats d’une expertise collective sur l’usage responsable de ces éléments. Une étude dont beaucoup feraient bien de s’inspirer.
« Même s’il devenait techniquement possible de relancer une extraction métallique sur nos territoires longtemps délaissés par l’activité minière, les réserves d’éléments de terres rares (ETR) disponibles en Europe ne suffiraient pas à satisfaire les besoins actuels ou à court terme de nos industries dans un contexte de transition environnementale ». C’est sur ce constat que le CNRS a décidé de réaliser une expertise collective (ESCo) sur la manière dont la littérature scientifique peut éclairer le débat (et la décision publique) sur la sobriété dans l’usage des ressources.
Les auteurs de l’étude ont d’abord recensé les acquis et les lacunes de connaissances de même que les controverses concernant l’usage responsable des terres rares puis ont retenu trois axes majeurs : réduire, recycler et extraire autrement.

pour accéder au rapport!
Réduire le recours aux ETR
En matière de réduction, l’ESCo relève quatre pistes sur les leviers d’action possibles : utiliser de manière efficace les matériaux et les technologies qui dépendent de ces ETR (exemple des aimants permanents) ; développer des matériaux avec des technologies alternatives qui nécessitent moins ou aucune de ces ressources (exemple des LED) ; réfléchir aux usages des objets contenant des ETR et aux leviers de réduction ou d’adaptation de ces usages ; adopter un cadre juridique et des politiques publiques susceptibles d’influencer substantiellement le développement de certains secteurs.
Recycler sans oublier la traçabilité
L’étude pointe le fait que le manque de traçabilité des ETR constitue une limite à la sobriété et à la collecte en vue de recyclage, un sujet dont s’est d’ailleurs récemment emparée l’Agence internationale de l’énergie. Pourtant, la circularité dans le domaine ne peut être que bénéfique avec un gisement de « sources secondaires » aussi bien dans les déchets de produits d’usage (« mine urbaine ») que dans les déchets du minier et de l’industrie (coproduits).
Mais cette filière en émergence du recyclage repose sur une économie à stabiliser (cf. procédés pyrométallurgiques, hydrométallurgiques et procédés non conventionnels comme les solvo-, iono- ou biométallurgiques). Aujourd’hui, le taux effectif de recyclage est inférieur à 1 %. Les apports de la mine urbaine sont largement insuffisants. Mais ils pourraient être complétés, en particulier quand les premières générations d’éoliennes commenceront à être recyclées. Rappelons que, selon le BRGM, si un smartphone contient 3 grammes de terres rares, une éolienne peut en contenir jusqu’à une tonne…..
Les défis qui se posent aujourd’hui à la filière de recyclage sont moins d’ordre technologique que d’ordre organisationnel, juridique et politique. Ainsi notamment, le niveau et la volatilité des prix des ETR ne sont pas assez élevés pour inciter les acteurs économiques à investir la filière, à la différence d’autres métaux comme l’or ou le cuivre.
Extraire autrement
En plus du caractère complexe de l’exploitation minière tant en termes techniques que d’acceptabilité sociale, l’étude montre que le potentiel de gisements primaires en ETR est relativement modeste en France, à l’exception des ressources présentes dans les fonds marins mais dont l’exploitation génère d’importants impacts. Ainsi pour les auteurs, au-delà de la mine urbaine, l’exploitation des déchets miniers et de l’industrie constitue une « opportunité à croiser aux controverses minières ».

Autrement dit, si la France – et a fortiori l’Europe – n’ont pas de gisements géologiques conséquents – hormis le gisement découvert sous le site de kaolin exploité par Imerys dans l’Allier (photo), elles disposent d’un potentiel important de production d’ETR secondaires. Encore faut-il surmonter les freins techniques, économiques et réglementaires mais aussi donner une vraie place au débat démocratique sur la sobriété des usages et à une vision réellement intégrée de la transition énergétique.
Hélène Bouillon-Duparc
Les terres rares s’invitent au G7 Les ministres en charge des minéraux critiques des pays du G7 et leurs partenaires ont décidé, le 10 mai dernier, de renforcer leur coopération via des alliances économiques et géopolitiques. Ceci doit passer par le développement conjoint de capacités industrielles, des mesures pour sécuriser les approvisionnements (terres rares et aimants permanents surtout) et une coopération sur la traçabilité et la gestion des stocks stratégiques.